Femme de Ragnar : analyse des relations toxiques et passions dans Vikings

Dans la série Vikings, Ragnar Lothbrok entretient deux relations conjugales majeures, avec Lagertha puis avec Aslaug. Ces deux unions ne se résument pas à un triangle amoureux classique. Elles mettent en scène des mécanismes de domination, de dépendance affective et de rupture qui structurent la trajectoire du personnage sur plusieurs saisons.

Masculinité blessée de Ragnar Lothbrok et obsession dynastique

La plupart des analyses se concentrent sur Lagertha ou Aslaug en tant que personnages féminins. Un angle moins exploré concerne la psychologie de Ragnar lui-même dans ses relations.

Certains essais vidéo récents lisent Ragnar comme une figure de masculinité construite sur la maîtrise du corps des femmes. Son obsession pour la prophétie des « nombreux fils » le pousse à instrumentaliser ses unions. Quand la création de vie lui échappe (la fausse couche de Lagertha, sa difficulté à concevoir un héritier viable), il bascule vers la prise de vie, c’est-à-dire la violence et les conquêtes.

Ce schéma éclaire un ressort narratif que la série déploie sur plusieurs saisons. Ragnar ne quitte pas Lagertha uniquement par désir pour Aslaug. Il la quitte parce qu’Aslaug porte en elle la promesse d’une lignée, celle qui lui donnera Ivar, Bjorn restant le fils de Lagertha.

Sa consommation de drogues, sa paranoïa croissante et son isolement progressif à Kattegat découlent directement de cette anxiété de virilité. Le roi viking le plus célèbre de la série est aussi celui dont les choix intimes sont les plus destructeurs.

Couple viking en confrontation sur une falaise côtière nordique, symbolisant les passions et conflits dans une relation toxique

Lagertha et Ragnar : une relation fondée sur l’égalité puis brisée par la trahison

Lagertha est présentée dès la saison 1 comme une shieldmaiden, une guerrière à part entière. Sa relation avec Ragnar repose sur un socle rare dans la fiction médiévale : le respect mutuel entre deux combattants de rang égal.

Ils fondent un foyer, élèvent Bjorn, partagent les décisions. La série insiste sur cette parité jusque dans la mise en scène, où Lagertha combat aux côtés de Ragnar, pas derrière lui.

La rupture survient quand Ragnar ramène Aslaug à Kattegat. Lagertha refuse le statut de co-épouse et part. Ce départ n’est pas une réaction sentimentale, c’est un acte politique. Elle refuse la hiérarchie implicite que la polygamie installerait entre elle et Aslaug.

Ce que l’infidélité de Ragnar révèle sur le pouvoir à Kattegat

L’infidélité de Ragnar n’est pas un simple écart. Elle redéfinit les rapports de force à Kattegat. En choisissant Aslaug, Ragnar choisit une alliance dynastique qui marginalise Lagertha politiquement.

Lagertha passe les saisons suivantes à reconquérir un pouvoir autonome, d’abord comme comtesse, puis comme reine de Kattegat après avoir assassiné Aslaug. Son pouvoir ne dépend d’aucun homme, ce qui en fait l’un des arcs féminins les plus aboutis de la série.

Aslaug et Ragnar : prophétie, dépendance et conflit dynastique

Aslaug entre dans le récit par la prophétie. Fille de Sigurd et de Brynhild selon la légende, elle incarne une dimension mystique absente chez Lagertha. Son union avec Ragnar repose sur une promesse de fils.

Cette relation fonctionne tant que Ragnar est à Kattegat. Mais ses absences prolongées (raids, expéditions vers les terres franques, voyage à Paris) créent un vide qu’Aslaug comble seule en élevant leurs fils, Ivar, Hvitserk, Sigurd et Ubbe.

  • Aslaug gère Kattegat en l’absence de Ragnar, assumant un rôle de régente que la série ne valorise pas toujours à sa juste mesure
  • Elle protège Ivar, né avec un handicap, contre l’avis de Ragnar qui envisage de l’abandonner, un désaccord fondamental sur la valeur d’un fils « imparfait »
  • Sa relation avec Harbard, le voyageur mystérieux, introduit un miroir de l’infidélité de Ragnar, retournant contre lui le schéma qu’il a imposé à Lagertha

Le conflit entre Lagertha et Aslaug n’est pas une rivalité amoureuse. C’est un conflit dynastique sur la légitimité à régner sur Kattegat et à incarner la lignée de Ragnar après sa mort.

Femme viking seule dans une grande salle médiévale nordique, posture évoquant trahison et résilience dans une relation passionnelle

Toxicité des relations dans Vikings : les mécanismes concrets à l’écran

La série met en scène plusieurs schémas relationnels que la psychologie contemporaine qualifie de toxiques, sans jamais utiliser ce vocabulaire.

  • Le cycle rupture-retrouvailles entre Ragnar et Lagertha, qui se retrouvent régulièrement sans jamais résoudre la trahison initiale, reproduit un schéma de dépendance affective classique
  • La manipulation par la prophétie, où Ragnar utilise les promesses des dieux pour justifier ses choix, déresponsabilise le personnage en attribuant ses décisions à une force supérieure
  • L’isolement progressif d’Aslaug à Kattegat, coupée de tout réseau de soutien quand Ragnar part en expédition, illustre un mécanisme d’emprise par l’absence
  • Le triangle Ragnar-Athelstan-Lagertha, où le moine saxon occupe une place affective que ni Lagertha ni Aslaug ne peuvent combler, déplace la toxicité hors du cadre conjugal strict

La relation de Ragnar avec Athelstan mérite une mention particulière. Floki, l’ami le plus proche de Ragnar, perçoit cette proximité comme une trahison de la foi nordique et des dieux vikings. Le meurtre d’Athelstan par Floki déclenche une spirale de vengeance qui accélère la chute de Ragnar.

Ragnar après la perte : drogues, errance et abandon

Après la mort d’Athelstan et l’échec de sa seconde expédition à Paris, Ragnar disparaît pendant plusieurs années dans la chronologie de la série. Son retour à Kattegat, affaibli et dépendant de substances, le montre incapable de maintenir un lien sain avec quiconque, y compris ses propres fils.

Ivar est le seul à l’accompagner en Angleterre pour son dernier voyage. Ce choix narratif boucle la boucle : le fils qu’Aslaug a protégé contre Ragnar devient son unique compagnon face à la mort.

Les relations de Ragnar dans Vikings ne sont pas des histoires d’amour avec un décor de drakkars. Elles forment un système où chaque union produit des conséquences politiques sur Kattegat, dynastiques sur les fils de Ragnar, et narratives sur la structure complète de la série. La toxicité n’est pas un accident de parcours du personnage, elle constitue le moteur de l’intrigue sur six saisons.

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